Simplication

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les degrés de la tolérance

Rédigé par dir 33 commentaires

La tolérance, aussi bien vertu que condescendance, est une notion floue aux origines multiples. La simplification propose de transformer une telle abstraction ambiguë en une définition exploitable (bon courage !).

 

La tolérance revient souvent en débat mais elle est bien compliquée à comprendre et son exercice en devient délicat.

La tolérance, une notion floue
La complexité qui s'y accroche résulte de ses différentes origines : le pharmacien et l'ingénieur en parlent, l'historien retient l'édit de Nantes, le sociologue la préconise pour le bien-vivre ensemble ; enfin les philosophes s'en emparent et y transportent les préoccupations de leurs époques : Voltaire, Spinoza, Locke ou Kant pour, respectivement, la liberté d'opinion, l'idée de république, la séparation église-état ou la défense de la pluralité.

Pour beaucoup la tolérance se pare de vertu mais d'autres se désolent de la condescendance qu'elle véhicule et craignent un "fait du prince" bien peu démocratique. Tout en effet n'est pas lisse : lâcheté pour Sade, cynisme pour le Clémenceau "... des maisons pour ça", égoïsme pour Comte-Sponville.
La complexité s'enrichit en outre de deux méchants nœuds de raisonnement : le premier est le paradoxe de Popper qui prédit l'anéantissement des tolérants supportant les intolérants et le second, le cercle vicieux consistant à limiter la tolérance à l'intolérable.


Voilà un tableau aux contours bien indécis et aux couleurs sombres. Tentons la simplification pour obtenir une définition plus concise et une représentation unifiée de ses évolutions !

Une définition simple et neutre. Le complément d'objet apporte un premier cadrage ; par exemple, la tolérance générale du berger nous est inconnue mais notoirement, le berger tolère mal la prédation du loup.
Déjà le moine Ockham, cher à la simplification par son célèbre rasoir, prônait le fait individuel. En fait, la tolérance est une émotion humaine en réaction à un écart. D'où la définition unique, neutre et utilisable du ressenti à la différence. On peut admettre cette différence voire la supporter et même à l'inverse la rechercher. Ainsi l'intelligence artificielle suscite intérêt prudent ou rejet violent.


Une évolution unifiée. À partir d'un point zéro, marqué par l'indifférence, le "ressenti", sur un axe horizontal, évolue par statistique ou notation. Vers le négatif,  la douleur apparaît, de gêne en opposition, réprobation et aversion. Inversement, quand le "ressenti" devient positif, il prend le sens d'acceptation avec pour degrés, curiosité, respect, indulgence, compromis et approbation. 
La "différence" varie, elle, sur un second axe verticalement ; alors dans ce repère (ah ! le bon temps du collège) le "ressenti de la différence" dessine une courbe. D'un premier côté, progressivement elle s'aplatit -au propre et au figuré- dans l'acceptation, tandis que, du second côté, (c'est là que se trouve, en fait, la tolérance) elle se développe puis chute brutalement à un seuil.

Au seuil de tolérance, les réactions des groupes sont bannissement, pénalités ou emprisonnement. Celles des individus sont colère, agression ou fuite tactique.  


Diminuons donc l'intensité de la confrontation (violents ou indignés professionnels, ne lisez pas !)

Moins souffrir. L'effort de tolérance est douloureux car le tolérant devrait être "prêt à souffrir pour des opinions qu'il désapprouve" (va doucement Schopenhauer !). D'autant que notre cerveau ne nous apaise pas, il a le biais de sur-détecter l'hostilité.
Préparations et habiletés faciliteront le débat. En voici trois d'entre elles, calquées sur les 3R : rejeter les pré-supposés, remplacer les mots par des gestes d'apaisement, regrouper ses arguments avec une reformulation de ceux du contradicteur.


Une généralisation à partir de l’exemple de la tolérance ? Toute idée complexe peut se décomposer en plusieurs éléments simples. Alors se dégage une voie plus aisée pour conduire une abstraction vers l'action. N'en dites rien à Edgar Morin !

 


 
Des utopies de la Renaissance créées en réaction aux tensions religieuses aux conceptions liées à un monde devenu global, faisons un tour d’horizon de cette notion en compagnie de sept penseurs (contribution de Gérard M.) 
Des utopies de la Renaissance créées en réaction aux tensions religieuses aux conceptions liées à un monde devenu global, faisons un tour d’horizon de cette notion en compagnie de sept penseurs (contribution de Gérard M.) 
Thomas More (1478-1535) - « Nul ne doit être inquiété pour sa religion » : telle est la règle dans cette terre d’Utopie imaginée en 1516. Non seulement la liberté de culte assure la paix, mais qui sait si Dieu lui-même n’inspire pas aux uns et aux autres des croyances différentes ? S’il s’avérait qu’une seule religion détenait la vérité, « le temps viendrait où, à l’aide de la douceur et de la raison, la vérité se dégagerait elle-même », espère cet humaniste.
John Milton (1608-1674) - « Tolérer, c’est aussi accepter la libre expression d’opinions sans être contraint de les adopter », clame le poète dans Aeropagitica ou De la liberté de la presse et de la censure (1644), discours prononcé en pleine guerre civile devant le Parlement anglais. En effet, « puisqu’il faut démêler l’erreur pour arriver à la vérité », la plus saine des méthodes reste d’« écouter et de lire toutes sortes de raisonnements et de traités ».
Baruch Spinoza (1632-1677) -   « Dans une libre république, chacun a toute latitude de penser et de s’exprimer », pose le Traité théologico-politique (1670). Mais dans les faits, les religions tournent souvent à la superstition : cédant à la crainte, les humains se réfugient dans « la volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance ». Ils tiennent alors leurs croyances pour des vérités universelles, ne laissant plus de place à la liberté de jugement ni à la raison.
John Locke (1632-1704) - « Séparation de l’Église et de l’État », exige la Lettre sur la tolérance (1689). Non pas au motif d’un droit inaliénable de l’individu à croire ce qui lui chante, mais parce que la croyance ne dépend pas de la volonté : elle échappe donc à l’autorité politique. « Le soin des âmes ne saurait appartenir au magistrat civil », lequel doit sauvegarder les intérêts des citoyens : tant que les croyances n’y nuisent pas, chacun est libre.
Emmanuel Kant (1724-1804) -  « Il n’y a qu’une (vraie) religion » : impliquée par la morale, enseignée par la raison, elle est la même pour tous (La Religion dans les limites de la simple raison, 1793). « Mais il peut y avoir plusieurs espèces de croyance » (musulmane, juive, chrétienne…) : les tolérer, c’est respecter la liberté, donc faire usage de notre raison. Touchant à notre devoir d’humains, la véritable tolérance ne se confond jamais avec l’indifférence.
Karl Popper (1902-1994) -  « La tolérance illimitée doit mener à la disparition de la tolérance » : tolérez l’intolérance et la tolérance perdra tout sens (La Société ouverte et ses ennemis, 1945). Un paradoxe illustré par la République de Weimar, qui a toléré les nazis et conduit à la fin de l’État de droit. Dans Tolérance et Responsabilité (1981), Popper se réfère à Voltaire pour faire de la reconnaissance de son ignorance la condition de la tolérance.
Michael Walzer (1935-) - « Tolérer c’est accepter la présence de personnes dont on ne partage ni les croyances ni les pratiques », rappelle le philosophe américain dans son Traité sur la tolérance (1997). Or, « les groupes tolérés […] sont en fait, pour la plupart, intolérants ». En privant de pouvoir les autorités religieuses, la séparation de l’Église et de l’État doit permettre à ces groupes de « faire l’apprentissage de la tolérance ».     
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