Simplication

des procédures, des formulaires, des objets et des concepts

les degrés de la tolérance

Rédigé par dir 33 commentaires

La tolérance paraît à beaucoup une nécessité du « vivre ensemble ».

Cependant vous remarquerez que la tolérance est une notion floue : ma tolérance n’est pas la tienne.


Comment donc partager ce qui ne s’identifie pas aisément, ce qui ne se mesure pas.

 

Et ce n'est pas tout ! Même pour un seul individu, l’amplitude de la tolérance s’étage de l’indifférence jusqu'à l’aversion.

Voilà pourquoi, dans la chasse vertueuse aux complexités, un débat de clarification peut s’installer sur les degrés de la tolérance.

 


 
Des utopies de la Renaissance créées en réaction aux tensions religieuses aux conceptions liées à un monde devenu global, faisons un tour d’horizon de cette notion en compagnie de sept penseurs (contribution de Gérard M.) 
Des utopies de la Renaissance créées en réaction aux tensions religieuses aux conceptions liées à un monde devenu global, faisons un tour d’horizon de cette notion en compagnie de sept penseurs (contribution de Gérard M.) 
Thomas More (1478-1535) - « Nul ne doit être inquiété pour sa religion » : telle est la règle dans cette terre d’Utopie imaginée en 1516. Non seulement la liberté de culte assure la paix, mais qui sait si Dieu lui-même n’inspire pas aux uns et aux autres des croyances différentes ? S’il s’avérait qu’une seule religion détenait la vérité, « le temps viendrait où, à l’aide de la douceur et de la raison, la vérité se dégagerait elle-même », espère cet humaniste.
John Milton (1608-1674) - « Tolérer, c’est aussi accepter la libre expression d’opinions sans être contraint de les adopter », clame le poète dans Aeropagitica ou De la liberté de la presse et de la censure (1644), discours prononcé en pleine guerre civile devant le Parlement anglais. En effet, « puisqu’il faut démêler l’erreur pour arriver à la vérité », la plus saine des méthodes reste d’« écouter et de lire toutes sortes de raisonnements et de traités ».
Baruch Spinoza (1632-1677) -   « Dans une libre république, chacun a toute latitude de penser et de s’exprimer », pose le Traité théologico-politique (1670). Mais dans les faits, les religions tournent souvent à la superstition : cédant à la crainte, les humains se réfugient dans « la volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance ». Ils tiennent alors leurs croyances pour des vérités universelles, ne laissant plus de place à la liberté de jugement ni à la raison.
John Locke (1632-1704) - « Séparation de l’Église et de l’État », exige la Lettre sur la tolérance (1689). Non pas au motif d’un droit inaliénable de l’individu à croire ce qui lui chante, mais parce que la croyance ne dépend pas de la volonté : elle échappe donc à l’autorité politique. « Le soin des âmes ne saurait appartenir au magistrat civil », lequel doit sauvegarder les intérêts des citoyens : tant que les croyances n’y nuisent pas, chacun est libre.
Emmanuel Kant (1724-1804) -  « Il n’y a qu’une (vraie) religion » : impliquée par la morale, enseignée par la raison, elle est la même pour tous (La Religion dans les limites de la simple raison, 1793). « Mais il peut y avoir plusieurs espèces de croyance » (musulmane, juive, chrétienne…) : les tolérer, c’est respecter la liberté, donc faire usage de notre raison. Touchant à notre devoir d’humains, la véritable tolérance ne se confond jamais avec l’indifférence.
Karl Popper (1902-1994) -  « La tolérance illimitée doit mener à la disparition de la tolérance » : tolérez l’intolérance et la tolérance perdra tout sens (La Société ouverte et ses ennemis, 1945). Un paradoxe illustré par la République de Weimar, qui a toléré les nazis et conduit à la fin de l’État de droit. Dans Tolérance et Responsabilité (1981), Popper se réfère à Voltaire pour faire de la reconnaissance de son ignorance la condition de la tolérance.
Michael Walzer (1935-) - « Tolérer c’est accepter la présence de personnes dont on ne partage ni les croyances ni les pratiques », rappelle le philosophe américain dans son Traité sur la tolérance (1997). Or, « les groupes tolérés […] sont en fait, pour la plupart, intolérants ». En privant de pouvoir les autorités religieuses, la séparation de l’Église et de l’État doit permettre à ces groupes de « faire l’apprentissage de la tolérance ».     
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33 commentaires

#1  - Thomas Schelling (prix Nobel) a dit :

J'ai montré comment des préférences individuelles apparemment tolérantes pouvaient mener à une ségrégation urbaine massive. Le modèle du damier explique que de légères préférence tolérantes conduisent à une ségrégation urbaine, de communauté

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#2  - Jean-Francois a dit :

Un ami photographe a assisté à un concert dont l'artiste arborrait de multiples tatouages. Or l'ami n'apprécie pas les tatouages, voire en réprouve l'usage et généralement les dissimule sur la photo. Il me rend compte cependant d'une soirée enchanteresse en ayant cantonné son opinion. Est-ce de la tolérance ? Il reste toujours chagrin quant aux dessins mais il a implicitement accepté que la concertiste avait des motifs à la décoration différents des siens ; par ailleurs, s'étant focalisé sur la musique il a pu la rejoindre sur cet aspect essentiel de la soirée. Il en a tiré une photo de l'archet que prolonge un bras tatoué.

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#3  - Chistine D a dit :

Action d’admettre quelque chose que l’on n’approuve pas ou qui est
défendu, par respect (démocratie, lois et règles), indulgence (marge entre
réalité et idéal), passivité (absence de moyens, de motivation), soumission
ou difficulté à combattre (lâcheté- rapport de force défavorable).*

*- Capacité à supporter, endurer (effort, autorité, emprise).*

*- Dépassement acceptable de ce qui est permis.*

*- seuil de tolérance : limite au-delà de laquelle un individu, une
communauté ou une société exprime un rejet, empêche ou combat ce qui lui
est devenu intolérable.*

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#4  - Bernard B a dit :

Être tolérant c’est admettre qu’autrui puisse penser différemment de moi.

Que ce soit sur le plan politique, religieux ou autre, penser différemment
ne me pose aucun problème.

Mais quand la pensée amène à l’action, qui veut blesser, tuer ou dégrader
des biens, je ne suis plus tolérant.

Aujourd’hui, samedi 24/08/24, un individu a incendié 2 voitures (dont l’une
avait une charge explosive) devant la synagogue de la Grande Motte. Je ne
peux être tolérant envers cet individu. Même si je respecte ses croyances
(il a été filmé avec un drapeau palestinien, il doit être musulman), je
condamne son action qui avait pour objectif de blesser ou tuer des juifs.

La tolérance c’est admettre la liberté de penser d’autrui.

J’accepte que certains veuillent amener autrui à penser comme eux, mais à
condition de rester dans l’argumentaire verbal. Cela arrive à tout le monde
de vouloir convaincre autrui qu’il a tort et que lui-même a raison. C’est
la base même de la discussion.

Personne n’a la science infuse, et je peux être moi-même persuadé qu’autrui
a tort et pense mal. Je vais donc essayer de le convaincre par un
argumentaire. A autrui d’analyser mes paroles et de me croire ou pas.

C’est ce qui se passe tous les jours sur les chaines d’infos. La
présentation de faits par CNews, France Info ou Mediapart est totalement
différente. A l’auditeur d’analyser et de se faire son opinion.
La multiplicité des sources d’infos et leurs différences, permet d’être
tolérant envers toutes les sources.

La où je suis intolérant, c’est si la volonté de convaincre autrui, passe
par la force ou la contrainte.

Par la force, heureusement dans notre pays, nous n’en sommes pas là. Mais
rien ne nous dit que cela n’arrivera pas. C’est déjà arrivé ! Il existe des
pays dans le monde où la force est utilisée pour convaincre.

Par la contrainte, c’est plus sournois. Cela correspond à « Je te donne
(des allocs, un travail, un logement…) » et « tu suis ma pensée (tu
m’obéis) même si tu ne penses pas comme moi ». Le jour où tu ne me suis
plus, je ne te donne plus. C’est la dépendance qui entraine une obligation
de penser.

En conclusion, la Tolérance et la Liberté vont de pair !

Si je suis libre, je peux être tolérant !

Le jour où je ne suis plus libre, cela ne sert à rien d’être tolérant.

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#5  - Bernard-D B a dit :

Tolerance bien evidemment tout depend où l on place le curseur , mais complaisance non rt en aucune manière. Etre dans la tolérance lorsque l on est dans un état d 'ignorance est pardonnable et cxest un moindre mal , mais etre dans la tolerance sachant la vérité est un crime ou assimilè comme tel. En tout cas c est ce que je pense etbien loin d une vérité sinon la mienne.

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#6  - J-C D a dit :

Je n'aime pas le concept de "tolérance" car c'est un concept vertical, avec le tolérant en haut et le toléré en bas, sans compter une bonne dose de condescendance au cours de l'opération. Je préfère le concept de RESPECT MUTUEL.

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#7  - Deborah A a dit :

La tolérance n'est pas un amorphisme de la pensée, et il ne s'agit pas de tolérer l'intolérable. La tolérance touche à la liberté individuelle de penser et de parler, et donc à la liberté individuelle de contredire et de combattre. La tolérance, c'est écouter et entendre, mais ce n'est pas pour autant accepter. Etre tolérant suppose qu'on mesure les limites et qu'on évalue les obstacles. La tolérance donc se définit dans l'écart des pratiques et des opinions par rapport à une norme affirmée universelle. sa limite est l'intolérance qui se mesure par rapport à un seuil de souffrance

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#8  - Jean François R a dit :

c'est aussi un problème de point de vue et pas seulement un "universalisme"... D'ailleurs l'uiversalisme que l'on établit par la force, quand bien même incarnée par les "valeurs de la république", est déjà une intolérance...

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#9  - Giovanna B a dit :

pensi che la tolleranza sia rischiosa ?

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#10  - Jean-Luc R a dit :

Crois-tu que nous sommes entrés dans une période de tolérance ?

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#11  - Alain M a dit :

Voltaire a écrit : la tolerance .... il y a des maisons pour ça !!!

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#12  - Marc M a dit :

Si on accepte la définition "La tolérance est la capacité à accepter et à respecter des idées, des sentiments, des manières d'agir différents des siennes", c'est donc sur les notions d'accepter et de respecter qu'il faut s'entendre. Vient tout de suite la réflexion "dans la mesure où...". Accepter et respecter dans la mesure où cela n'empiète pas sur notre propre mode de pensée, de ressentir, d'agir. Fait-on preuve d'intolérance quand l'autre cherche à imposer son mode de pensée, de ressenti, d'action ? Il est rare que deux cultures, deux modes de pensée puissent coexister sans conflit potentiel s'il n'y a pas de cloche à fromage qui est souvent le sentiment d'appartenance à une même nation. Le nationalisme souvent vu comme un risque de conflits internationaux est, en fait, le formidable ciment d'un peuple ethiquement hétérogène et n'interdit en rien la coopération entre nations. A l'echelle d'une société, la tolérance impose le respect réciproque et le partage d'idéaux communs.

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#13  - Florian MANTIONE a dit :

L’intolérance : un mot que je n’aime pas
Je n’aime pas le mot intolérance.
Il sonne dur, froid, presque hautain.
Il évoque la condescendance de celui qui “tolère” l’autre comme on supporte un bruit de fond ou une odeur dérangeante.
“Tolérer”, c’est encore se placer au-dessus : comme si l’on faisait une faveur à celui qu’on accepte, sans vraiment le reconnaître comme égal.
L’intolérance, c’est le contraire du vivre ensemble.
C’est le refus de la différence, le rejet de ce qui échappe à nos repères, à nos croyances, à nos habitudes.
C’est le début du mépris, de la peur et parfois de la haine.
Mais ce mot, “tolérance”, même dans sa version positive, me gêne.
Il manque de chaleur.
Il garde une distance.
Il dit : “Je te tolère, mais je ne t’accueille pas vraiment.”
Moi, je préfère le mot respect.
Parce que le respect, c’est autre chose : c’est regarder l’autre comme un égal.
C’est reconnaître sa dignité, même quand on ne comprend pas ses choix.
Le respect ne demande pas d’aimer tout le monde, mais d’admettre que chacun a le droit d’exister comme il est.
Là où l’intolérance divise, le respect relie.
Là où la tolérance supporte, le respect écoute.
Là où la haine ferme les portes, le respect ouvre les cœurs.
Si le XXIᵉ siècle devait choisir un mot pour bâtir le monde de demain, j’aimerais que ce soit celui-là : le respect.
Celui qui fait de la différence une richesse, et de chaque rencontre, une chance d’apprendre à être un peu plus humain.

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#14  - Gérard M a dit :

En soi, la définition de la tolérance ne pose pas de problème. Reprenant celle du philosophe anglais Bernard Crick, Denis Lacorne propose : « une certaine inclination à ‘’accepter des choses avec lesquelles je suis en désaccord’’ ». Et de préciser qu’elle concerne avant tout les convictions religieuses en ajoutant que la tolérance se manifeste par la « coexistence amicale de communautés religieuses séparées par de fortes différences doctrinales ».

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#15  - thierry a dit :

Le concept illustré est pour moi une tolérance continue puisqu'il y a une mesure positive + et une mesure négative -. Prévois-tu d'étudier une tolérance alternative ?

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#16  - armand w a dit :

La boutade attribuée à André Gide me convient assez bien : « la tolérance, il y a des maisons pour ça ». Ce qui sous-entend que la pratique de la tolérance relève plus du vice que de la vertu.



Pour être plus précis, je considère que chacun doit être clair avec lui-même sur ce qu’il peut tolérer et sur ce qui l’indispose. Si je tolère que l’on me dise des conneries en faisant semblant d’approuver, c’est de la fausse tolérance, …et de la vraie condescendance.



Idem pour les idées qui heurtent ma conscience. Je tolère qu’on les énonce en mon absence car le contraire me ferait étrangler le locuteur.



Il y a longtemps que je ne m’engage dans des débats qu’avec les gens avec qui je suis d’accord. Avec les autres, je fais semblant, pour passer le temps, comme Aragon « Je chante pour passer le temps, petit, qu’il me reste de vivre, comme on dessine sur le givre, comme on se fait le cœur content… »

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#17  - bruno mv a dit :

1/ je n’aime pas le mot complexité :
je le trouve mensonger car l’activité humaine contient de modéliser pour mieux manipuler,
et au lieu pour cela de d’abord bien identifier l’accessible,
le mot complexité sert à se percevoir irresponsable car trop « complexe" donc difficile à manipuler

2/ donc, pour moi, aucune complexité :
Démocratie contient vivre ensemble dans la diversité de nos points de vue,
Ses fondations sont
—,D’ABORD liberté de pensée et liberté d’expression,
c’est le système politique principal, le système médiatique,
Il est démocratique quand nous partageons nos informations dans l’égalité de voix médiatiques de chacun,
Il façonne le cerveau de toute collectivité, ses croyances, certitudes et représentations, donc ses exigences.
— ENSUITE émergent les processus de décisions qui cadrent nos comportements,
Donc notre liberté de comportement est toujours limitée,
Par les trois autres systèmes politiques :
législatifs (les règles), exécutifs (les joueurs) et judiciaires (les arbitres)
— ENFIN, je ne détaille pas ici d’autres systèmes secondaires (= sous ces quatre premiers)
dont le système financier et le système militaire
Je ne parle PAS ici de nos démocraties « représentatives » actuelles,
je parle des principes pratiques pour toute « vraie » démocratie

3/ D'où, en contribution plus opérationnelle :
3.1/ concernant notre système médiatique, nos partages d’informations,
se croire « tolérant » dans notre écoute des autres c’est déjà de pas être démocrate,
Vu que cela met en posture de généreux celui qui n’y témoigne que de sa réticence à être démocrate

3.2/ Et concernant nos trois autres systèmes, législatifs , exécutifs et judiciaires,
se croire « tolérant » dans ce qui cadre nos comportements matériels,
c’est surtout élargir le libre choix de l’arbitre, à davantage de « tolérance »
donc ouvrir ses décisions à davantage de corruption et conflits d’intérêts

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#18  - marc a dit :

Tolérer des différences ? Et puis quoi encore ? Pourquoi pas aimer son prochain en plus !

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#19  - debo a dit :

Mais il n’est pas uniquement question de tolérance aux personnes, mais aussi tolérance aux aliments, la chaleur, le bruit etc.

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#20  - Pierre V a dit :

Non, moi la tolérance je m’interroge : est ce que je suis fière de moi, est ce que je m’aime vraiment ?

Est ce que je vais vous demander de me pratiquer sans réserve ?


bon, pas d'anxiété philosophique, commençons par être fier de soi


oui, pourquoi je dois être belle et forte ?

oh tout simplement parce que sans moi, existeriez vous ?


Oui sans moi la singularité pourrait-elle exister ?


oui, l’autre n’existe que si il est différent de vous

ou

oui, vous avez le sentiment d'exister que si vous percevez que vous êtes différent de l'autre


nous ne sommes rien sans les autres mais, si vous dites ce que je pense ou si vous pensez ce que je dis, je crains que l’idée de tolérance soit bien inutile, !


la recherche du double narcissique ? cela vous même où ?


***


La différence crée l'existence !

La différence non acceptée nous amène à la non existence, de vous ou de l’autre ? de vous et de l'autre ?


Votre tolérance permets à l’autre d’exister ? peut-être, mais elle vous permet d'abord à vous même d'exister.

non, je ne vais quand même pas vous dire qu’il faut être tolérant par égoïsme !



si vous dites que vous tolérez l’autre, c’est que vous acceptez son existence et vous dites, en miroir, que vous existez aussi.


***


La tolérance ne se conçoit que si nous avons la certitude que nous avons raison .

oui, si nous doutons de notre pensée et si la pensée de l'autre est différente, peut on parler de tolérance ?


oui la question que nous pouvons nous poser quand nous “tolérons” est : est ce pour nous ou pour l'autre ?


***


Est-ce que la tolérance peut être, si elle change les structures de dominance ?


Où s'arrête la tolérance ? où commence la déréliction ?

tolérer l'existence d’une pensée n'est ce pas accepter qu’elle existe à condition qu’elle ne change en rien la vôtre ?

Deux personnes qui ne se tolèrent pas, peuvent-elles échanger ?

La tolérance crée-t-elle des ponts ?


Qu’est ce que nous partageons quand nous ne faisons que nous “tolérer” ?



***



Est ce que notre “tolérance” n’est pas une double “défaite” :


Est ce que nous tolérons l’autre que lorsque nous n'avons pu le changer ? !

Est ce que nous tolérons l'autre que lorsque nous n’avons su nous changer ? !

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#21  - Jean Marie Quiesse a dit :

Plus terre à terre que les approches philosophiques, il convient de rapporter ce terme de tolérer, c'est à dire "supporter" dans un contexte précis. Ainsi supporter l'autre dans la promiscuité d'une cabine de voilier où l'abri d'une petite tente donne une bonne idée de la charge (au sens propre) dont ce mot est porteur. Je renvoie aux études sur les notions d'utilité de distance et de frontière ainsi qu'aux protocoles très utiles qui garantissent la liberté de pouvoir supporter l'autre ou les autres (l'enfer, c'est la promiscuité...) Cela n'est pas la même chose si l'on se trouve dans des espaces plus larges, encore que le harcèlement oral ou sur les réseaux sociaux existe également à distance. Jusqu'où le supporter avant de déclarer très fort "La Paix" puis sortit son révolver et tirer : pan ! Souhaitons que le coup passe à côté. Caramba !

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#22  - patrice L a dit :

Si je considère que vivre ensemble c’est mettre en place un système de régulation qui permet que les différents modes de pensée, les différentes religions, les différentes classes sociales, les différentes races… puissent cohabiter sans se rejeter ou se haïr, on peut dire que la tolérance est cet instrument qui nous permet de réguler ces flux, ces échanges.

Cependant, le seuil de tolérance est doublement variable d’un individu à l’autre selon :

La façon dont au sein d’un groupe (religieux, social, étatique…) le consensus s’est fait et s’est imposé à chacun sur le niveau du seuil de tolérance consenti à l’égard des autres groupes : il peut être très grand, ou au contraire inexistant (les protestants et les catholiques lors des guerres de religion, les nazis à l’égard des juifs à une autre époque, les intégristes musulmans de nos jours…).
La façon dont nous nous sommes construits individuellement, avec notre vécu, notre éducation, nos points de repères, nos limites, nos insuffisances ou nos mérites, nos méconnaissances ou notre savoir, bref toutes nos imperfections et qualités qui font que nous disposons chacun d’un seuil de tolérance globale structurellement différent.
Le fait qu’individuellement, toujours, nous puissions avoir des seuils de tolérance variables selon les domaines : très tolérant vis-à-vis des races, mais intolérant en matière de religion, ou vis-à-vis de certains groupes politiques…
En vertu de quoi, la tolérance est l’arme de ceux qui veulent résolument trouver les solutions pour que nous puissions vivre ensemble en dépit de nos différences, dans quelque domaine que ce soit, ce qui ne peut se faire qu’entre des gens qui acceptent de respecter ce principe de tolérance.

L’intolérance, au contraire, est le refuge des sectaires, de ceux qui préfèrent se cacher derrière leurs certitudes gravées dans le marbre et se contenter de leur « entre-soi » délétère.

Mais la tolérance trouve ses limites quand elle est confrontée à l’intolérance : peut-on la tolérer, ou se contenter de l’ignorer, ou au contraire la combattre ?

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#23  - pierre v a dit :

Tolérance !
tolérance , tolérance !
non arrêtez de m'appeler, je ne suis pas votre petit chien !
oui, vous faites appel à moi que quand vous y êtes obligé, quand vous avez appelé :
domination !
domination, domination !
et qu’elle n’est pas venue.
ou
soumission !
soumission, soumission !
et qu’elle aussi a refusé de pointer son nez
oui, moi “tolérance” je voudrais être en vous par amour, par amour de l’autre, par amour de “différence”
oui, moi “tolérance” je souhaite que quand vous appelez :
liberté,
liberté, liberté
Liberté chérie !
vous m’appeliez aussi !

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#24  - claude C a dit :

Tolérer sous entend une acceptation conditionnelle et certainement des degrés de réceptivité qui peuvent aller du supportable à l’inacceptable.

Tolérer serait dépasser nos convictions sur des sujets tels (la croyance, l’identité, la politique, l’économie...), pour écouter l’autre et le comprendre notamment sur ce qui nous oppose.

Comment cependant malgré toute l’indulgence que sous-tendrait la notion de tolérance pourrait on admettre l’inacceptable ( 7 janvier 2015, 7octobre 2023, destruction de Gaza, invasion de l'Ukraine... ?

Serais-je alors intolérant et sectaire ?

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#25  - Ghislaine a dit :

La tolérance est un outil de mesure, qui permet de vérifier notre degré d'appartenance à un ensemble. Nous avons chacun la nôtre. Elle permet de trouver notre équilibre entre acceptation ou rejet. Selon les conséquences (loi, réactions) que nous sommes en mesure de gérer et d'accepter, nous nous autoriserons à passer sur ce qui nous dérange. Se sent-on mieux avec un accès de colère réactionnel ou un lâcher-prise nécessitant moins d'énergie ? A chacun de trouver son degré de tolérance pour éviter le ruminement de son cerveau. Au traitement purement mathématique et intellectuel, on peut y ajouter philosophie et spiritualité en incluant l'impact de notre tolérance sur "les autres", ce qui nous permet de définir qui nous sommes, de nous positionner, par rapport au groupe.

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#26  - alain D a dit :

LA TOLERANCE
Les ouvrages de référence
Voltaire avec son « Traité sur la tolérance » critique l’intolérance religieuse, les régimes qui imposent une religion. Il prône la liberté de conscience et le dialogue entre les religions et les peuples.
Richard MALKA avec son « Traité de l’intolérance » condamne l’intolérance dans l’islam, en particulier le combat de l’islam contre les autres religions, mais aussi contre l’athéisme, l’apostasie, le féminisme etc.
Malka se positionne pour la liberté d’expression qui va jusqu’au blasphème. Ce fameux blasphème dont l’exemple le plus connu est la caricature de Mahomet parue dans Charlie-Hebdo
« La tolérance, il y a des maisons pour ça » disait Paul Claudel. Je comprends cette phrase comme une affirmation que la tolérance ne doit pas se faire aux dépends de nos convictions ;

Discussion sur les limites de la tolérance
La tolérance consiste aussi à accepter les inconvénients de voisinage : les bruits des enfants dans la piscine , les aboiements des chiens la nuit ou le chant du coq à 5 heures du matin. Mais il faut là encore mettre des limites.
Toute tolérance a des limites dont voici des exemples :
Le blasphème .
Cette notion n’existe plus dans le droit français et je le regrette ; Caricaturer une personne sacrée comme Mahomet est choquant. Caricaturer le Christ, personne sacrée comme l’a fait le directeur du théâtre de la Ville Jean-Michel Ribes dans une pièce où on voyait la croix de Christ baignant dans l’urine, est blessant pour les chrétiens.

L’Etat
Dans le domaine civil on ne peut pas tolérer les outrages au drapeau français ni à l’hymne français que certains refusent de condamner au nom de la liberté d’expression.

Le sacré
Donc la question du sacré se pose pour parler d’intolérance. Le respect du sacré constitue la limite de la tolérance ; Mais qu’est ce qui est sacré : un dieu, une personne divine, un drapeau, ma mère… ?

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#27  - Claude Richard Serre a dit :

Le sujet initial "les degrés de la tolérance de l indifférence à l aversion" repose sur une vision où l indifférence serait le point zéro d un tableau de bord basé sur les ressentis et l aversion le point négatif maximum. Il ne semble pas y avoir de point de vue positif (les bienfaits de la tolérance ?).

Avec deux points de vues ( celui de l individu et celui des groupes: : organismes, État, institutions ou religions ..) qui interrogent sur la possibilité que la Tolérance puisse être une réponse aux attentes de chaque individu et de chaque groupe humain ....Or être tolérant c est accepter une manière de penser et d agir différente de celle qu on adopté soi même. Il y a donc des degrés de tolérance intellectuelle et/ou dans l action. La tolérance est une qualité minimale des relations sociales qui refusent la violence et la contrainte : s il n y a pas de tolérance, il n y a pas de paix.
L UNESCO définit la tolérance comme ia reconnaissance des droits universels de la personne et des libertés fondamentales d autrui. Cette définition suppose une comparaison et/ou une confrontation entre les droits universels humains (préambule de la Constitution française dont les principes sont reconnus par différentes philosophies , religions, ainsi que certains organismes ou associations...) et la Loi (Droit, Loi, Justice...). On retrouve par ce biais les différences tolérable et tolérées entre la philosophie (pensée) et l action. On ne peut pas tolérer des degrés extrêmes d atteinte aux droits fondamentaux humains.
Plutôt que des degrés de tolérance, il semble y avoir des seuils (ou des limites) individuels ou collectifs au delà desquels un retournement peut arriver. Dans la société, ces seuils de tolérance apparaissent notamment en fonction de certains pourcentages de personnes de cultures, de croyances ou de religions différentes.
Certains considèrent :
- l indifférence comme une forme passive de la tolérance qui ignore simplement la différence. Celle ci peut mener à la négligence ou à l acceptation d injustices.
Mais il également :
- une tolérance minimale (ou une tolérance négative de non agression) . fragile, car la désapprobation persiste.
- une tolérance active (dite positive) qui accepte et respecte les différences, même si elles ne correspondent pas à nos propres valeurs. Cette attitude d ouverture permet de reconnaître la valeur de la diversité et une coexistence harmonieuse.
Force est de constater que ces aspects positifs s expriment plus facilement au plan intellectuel ou philosophique individuel que dans l action collective concrète, notamment en fonction des effets de seuils (ou de pourcentages) qui peuvent amener des retournements d opinions.

Peut on envisager une version simplifiée de la tolérance ?
Peut être en la réduisant à un principe fondamental de respect mutuel, sans nécessairement entrer dans des nuances complexes pour faciliter la compréhension et la mise en pratique de la tolérance dans la vie quotidienne.(ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu on te fasses; la liberté des uns commence où finit celle des autres, etc...).

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#28  - mathieu G a dit :

un juif vomi par sa communauté de La Haye : Baruch Spinoza

IA
L'Excommunication de Spinoza : Un Cas d'Intolérance
​L'excommunication de Spinoza est un acte radical d'intolérance religieuse de la part d'une communauté qui, ironiquement, avait elle-même fui l'intolérance de l'Inquisition en Espagne et au Portugal.
​Le Contexte : Spinoza est banni pour ses idées jugées hérétiques et dangereuses. Ses écrits, même s'ils n'étaient pas encore publiés, remettaient en cause des dogmes fondamentaux comme l'immortalité de l'âme, la révélation divine, et la nature personnelle d'un Dieu transcendant.
​L'Acte d'Intolérance : Le Herem est une exclusion totale. Il signifie l'interdiction de toute interaction sociale, religieuse, et même physique avec Spinoza. L'intensité de la sentence montre la peur de la contamination des idées au sein d'une communauté fragile et soucieuse de son image dans une société chrétienne majoritaire.
​🏛️ La Réponse de Spinoza : Un Fondement pour la Tolérance
​L'expérience personnelle de l'intolérance a façonné de manière fondamentale la philosophie de Spinoza, qui devient un ardent défenseur de la liberté de penser et de la tolérance dans son œuvre majeure, le Traité théologico-politique (1670).
​1. La Séparation de la Foi et de la Raison
​Spinoza plaide pour une séparation nette entre la philosophie (la raison) et la théologie (la foi).
​La Foi a pour but d'inculquer l'obéissance et la piété, et son enseignement doit être simple, universel et se limiter à l'essentiel pour la vie morale.
​La Raison doit être libre d'enquêter sur la vérité sans être entravée par les dogmes religieux.
​Cette distinction est la base de la tolérance : puisque la foi n'a pas pour but la vérité spéculative, elle ne peut pas légitimement juger ou condamner les conclusions de la raison.
​2. Le Rôle de l'État et la Liberté de Penser
​Spinoza défend l'idée que le but de l'État n'est pas de dominer les hommes, mais de leur garantir la liberté.
​Il affirme que l'État ne peut pas et ne doit pas contrôler les pensées ou les opinions. La liberté de philosopher (la liberté de penser et d'exprimer ses opinions) est non seulement un droit, mais elle est aussi nécessaire à la paix et à la stabilité de l'État. Tenter de la supprimer conduit inévitablement à la révolte et à la sédition.
​L'État ne doit intervenir que lorsque les actions, et non les paroles, remettent en cause le pacte social (par exemple, incitation à la haine ou à la violence).
​Concept Clé : Pour Spinoza, la tolérance n'est pas une simple concession charitable, mais une nécessité politique et philosophique. Un État tolérant est un État plus stable et libre.
​3. La Tolérance comme Non-Intervention
​L'histoire de Spinoza vous apprend donc que la tolérance ne se résume pas à "supporter" ce que l'on n'aime pas. Elle implique deux leçons profondes :
​L'Intolérance Nuit à Tous : Elle mène à l'exclusion, à la division et à l'obscurantisme, même au sein de communautés qui devraient valoriser la liberté.
​La Vraie Tolérance est la Liberté Institutionnalisée : Elle est la reconnaissance que la diversité des opinions est inévitable et bénéfique, et que l'État doit garantir l'espace public où cette diversité peut s'exprimer sans crainte de représailles, tant qu'elle ne menace pas la paix civique.
​L'exclu de la synagogue est devenu l'un des plus grands théoriciens modernes de l'État libéral et tolérant.

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#29  - Claude RS a dit :

Le sujet de la Tolérance est très vaste et c est vrai que l idée de genre est vraiment dans l air du temps et me semble très significative : destruction de la famille, brouillage des frontières des genres dans un brouillage général de vrai et de faux (dont les fake news !).
Tout cela contribue à une désorientation complète, sans compter le chaos social...tout se vaut...on attend peut être que de nouvelles valeurs émergent, et là il faudra être tolérant mais en posant les limites de l acceptable et de l inacceptable individuellement et collectivement...On le voit entre autres avec le développement de l IA et des robots qui sont des apports positifs mais auxquels il faudra ajouter une bonne dose d éthique (la vieille éthique humaniste ou religieuse serait déjà un bon apport en attendant de nouvelles valeurs...). L humain peut et doit sans doute coopérer avec ces outils mais les dominer comme des outils (de même qu une personne très intelligente n à pas tous les droits). D ailleurs, une IA, un robot ou un humain, manifestent ils du respect mutuel ??? That's the question mon cher Watson !

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#30  - guichet du savoir a dit :

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Comment les philosophes appréhendent-ils les notions de tolérance et d'intolérance ?
CIVILISATION
Publiée par : Avatar par défaut Simplific
Logo horloge Le 03/12/2025 à 09h39
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Question d'origine :

Bonjour, je cherche à mieux cadrer les notions de tolérance-intolérance (au sens de Voltaire, pas de la mécanique ni de la médecine). D'où mes deux questions :

Quels sont les exemples très parlants dans les textes ? Les auteurs ont-ils identifié une gradation (comme indifférence, aversion).

Merci



Réponse du Guichet
Avatar personnalisé gds_bb - Département : Equipe du Guichet du Savoir
Logo horloge Le 04/12/2025 à 17h15
En philosophie, vaste sujet que la tolérance et son corollaire, l'intolérance. Étant bibliothécaires pouvant aider à la recherche documentaire et non philosophes, nous ne saurions répondre finement à votre question. C'est pourquoi nous vous proposons des pistes à approfondir si vous êtes suffisamment motivé.

Bonjour,



En philosophie tolérance et intolérance sont un vaste sujet.



Le Grand dictionnaire de la philosophie / dir. Michel Blay, définit ainsi le concept de tolérance :



TOLÉRANCE

Du latin tolerantia, de tolerare, « porter, supporter, endurer, résister ».


POLITIQUE, MORALE, PHILOS. DROIT


1. À l’origine, soit la capacité à endurer quelque chose de nocif (le froid, la faim), soit l’indulgence à l’égard d’un comportement ou d’une attitude répréhensibles, mais supportables dans certaines limites. – 2. À partir du XVIIIe s., disposition à reconnaître les conséquences, dans une communauté politique donnée, du droit de chacun de ses membres à vivre selon des opinions, des croyances, des principes pratiques différents et, jusqu’à un certain point, opposés à ceux des autres.

La tolérance est originairement comprise comme un pis-aller. Elle a, comme on sait, ses « maisons ». En outre, elle se limite à une indulgence ou encore à une condescendance du pouvoir ou des individus, c’est-à-dire à une grâce accordée en considération de la faiblesse humaine. Lorsqu’une exigence sociale n’est pas satisfaite, lorsqu’une règle est transgressée ou la moralité publique blessée, la tolérance consiste à fermer les yeux temporairement. Vertu sociale par excellence, elle assouplit les relations quotidiennes des hommes sans annuler les exigences. Tout commence à se compliquer lors des guerres de religion qui secouent l’Europe du XVIe s. L’objet de la tolérance s’élargit et intègre les croyances religieuses auxquelles les hommes adhèrent. L’hérésie ne pouvant être supprimée, il est question de la tolérer jusqu’à nouvel ordre, dans un cadre précis défini dans des édits. La tolérance devient une affaire d’État. Dans ce contexte, la différence entre tolérance ecclésiastique et tolérance civile est élaborée : on reconnaît aux Églises le droit de ne pas tolérer des divergences en leur sein, mais on leur retire, au nom de la tolérance civile, le droit d’en appeler à la sanction des pouvoirs publics. L’intolérance des Églises reconnues par l’État doit se limiter à l’excommunication 1. Cette intolérance ecclésiastique sera combattue par Rousseau, dans la mesure où, à ses yeux, elle ne peut que corrompre le lien social.

Mais la difficulté majeure de la notion surgit avec l’affirmation, au nom de la liberté reconnue à tous, du droit à la différence en matière d’opinions, de foi, de principes pratiques 2. Le vocable « tolérance », magnifié par Voltaire 3, est conservé pour désigner le consentement aux conséquences de la liberté accordée à tous. L’État se charge d’en élaborer les limites, grâce auxquelles la liberté demeure universelle. La tolérance est donc refusée aux intolérants.

Comprise de la sorte, la tolérance retient peu de choses de son origine, si ce n’est l’effort consenti, l’endurance à l’expression des opinions et des croyances que l’on juge absurdes ou mauvaises. S’abstenir d’empêcher suppose, en effet, de réfréner le penchant à imposer ses certitudes. Hormis cet effort, la tolérance n’a plus rien de commun avec son sens premier. L’indulgence initiale devient un consentement, la grâce cède la place au droit. Ce qui fait naître une équivoque, dont la tolérance peine à se dégager. Le sens original persiste aujourd’hui encore dans la notion de « seuil de tolérance », dans l’usage médical ou judiciaire, et, plus généralement, il demeure vivant dans les mémoires, tandis qu’un sens nouveau s’est surimposé. Il suit que la tolérance est louée comme une vertu et tout aussitôt critiquée comme un insupportable mépris. Le toléré ne peut s’empêcher de penser qu’il est seulement supporté de façon gracieuse, et il en éprouve, sinon de l’humiliation, du moins une insatisfaction. Le toléré aspire à un au-delà de la tolérance, car il ne voit pas en elle une reconnaissance entière.

► L’équivoque inscrite au coeur de la tolérance est-elle dépassée par une assimilation au respect ? Nombre de contemporains le pensent. Mais le respect s’adresse à une grandeur reconnue par le sujet respectueux. Or, l’attitude tolérante concerne des croyances ou des comportements qui peuvent être parfois considérés comme faibles ou contestables, et ne susciter aucune admiration 4. On respecte la personne d’autrui, sa liberté, mais pas forcément l’usage qu’elle en fait, c’est-à-dire l’expression de ses croyances, certains comportements, que l’on doit s’interdire cependant d’empêcher par la contrainte, dans la mesure où la liberté des autres n’est pas menacée par ces mêmes comportements. La tolérance assimilée au respect n’est donc rien d’autre qu’une destruction de ce dernier et une affirmation de relativisme.


Ghislain Waterlot



✐ 1 Locke, J., Lettre sur la tolérance, éd. J.-F. Spitz, Flammarion,
Paris, 1992.
2 Bayle, P., Commentaire philosophique, éd. J.-M. Gros, Presses Pocket « Les classiques », Paris, 1992.
3 Voltaire, Traité sur la tolérance, éd. J. Renwick, Oxford, Voltaire Fondation, coll. Vif, 2000.
4 Walzer, M., On Toleration, 1997, « Traité sur la tolérance », trad. C. Hutner, Gallimard, Paris, 1998.


Voir-aussi : Lessay, F., Rogers, G. A. J. et Zarka, Y.-C., Les Fondements philosophiques de la tolérance au XVIIe s., 3 vol., PUF, Paris, 2002.
Spinoza, B., Traité théologico-politique, trad. et notes J. Lagrée et P.-F. Moreau, PUF, Paris, 1999.



Source : Grand dictionnaire de la philosophie / dir. Michel Blay, version numérisée par Gallica





Dans Le principe Tolérance, 1996, Jacques G. Ruelland, Ph.D. en propose une brève histoire :



À la connaissance universelle et rationnelle recherchée par l’aristotélisme, Guillaume d’Ockham (1270-1347) oppose, dès le début du XIVe siècle, l’idée de la connaissance intuitive et expérimentale du fait individuel qui, seul, estime-t-il, existe réellement. Cette position nominaliste favorise le développement de l’observation des choses et des êtres plutôt que le raisonnement a priori. L’homme se sent de moins en moins le membre inséparable d’une communauté, de plus en plus un individu, seul face à Dieu et à la nature, et son salut ne vient plus de son attachement à une cause commune, mais de la valeur de sa conduite individuelle. Ce problème de la responsabilité individuelle des fautes, dont le concile de Florence discute encore en 1438, tire probablement son origine de l’indulgence plénière personnelle promise en 1095 par le pape Urbain II à chaque croisé qui mourrait au cours de la première Croisade3 . Mais il suffit de constater que ce n’est qu’en 1336 que le pape Benoît XII définit le jugement particulier, selon lequel toute âme doit individuellement affronter le jugement de Dieu au moment de la mort, pour voir que l’Occidental a longtemps hésité avant d’assigner quelque dignité à sa personne. Au crépuscule, du Moyen Âge, le salut individuel devient la préoccupation dominante du croyant et l’homme acquiert enfin le droit de s’exprimer et même de penser parfois le contraire de son voisin. C’est aussi l’époque – et ce n’est pas un hasard – où naît l’idée de tolérance, qui représente un progrès considérable de l’esprit humain. Spinoza (1632-1677) est le premier philosophe a l’invoquer. Son Traité théologico-politique (1670) – une critique rationnelle de la Bible – propose une nouvelle éthique indépendante et tolérante rompant radicalement avec les orthodoxies religieuses de son époque4 . C’est bien l’idée qu’exprime encore le mahatma Gandhi (1869-1948) au début du XXe siècle : Ma religion n’est pas une religion de prison. Elle offre une place aux plus déshéritées des créatures de Dieu. Mais elle est à l’épreuve de l’insolence, de l’orgueil de race, de religion ou de couleur. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir sur terre une seule religion. C’est pourquoi je m’efforce de découvrir ce qu’elles ont en commun et de prêcher la tolérance mutuelle5 . L’éthique de Spinoza, qui fonde la notion d’égalité entre individus au sein d’une société pluraliste sur le plan religieux, est ensuite élargie au domaine politique par John Locke (1632-1704), qui, dans ses Lettres sur la tolérance (1689) et surtout dans ses Traités du gouvernement civil (1690), propose la démocratie parlementaire comme moyen d’endiguer l’arbitraire du pouvoir royal en octroyant des droits aux individus, légitimant ainsi la poursuite d’intérêts individuels : c’est le fondement du libéralisme, dans lequel la démocratie repose essentiellement sur le pluralisme, mais aussi la reconnaissance légale de la singularité de chaque individu et la sécurité que sa personne peut réclamer. Avec la démocratie parlementaire apparaissent alors l’habeas corpus et la notion de droits individuels – lesquels sont limités par les droits collectifs6 . Les philosophes des Lumières ont analysé avec grande acuité les rapports difficiles que doivent entretenir la démocratie, la justice et la tolérance au sein du même système politique. En 1754, Turgot (1727-1781) écrivait, dans sa Lettre sur la tolérance civile : Ce principe que rien ne doit borner les droits de la société sur le particulier que le plus grand bien de la société, me paraît faux et dangereux. Tout homme est né libre et il n’est jamais permis de gêner cette liberté, à moins qu’elle ne dégénère en licence, c’est-à-dire qu’elle ne cesse d’être liberté en devenant usurpation. Les libertés comme les propriétés sont limitées les unes par les autres. La liberté de nuire n’a jamais existé devant la conscience. La loi doit l’interdire parce que la conscience ne le permet pas. La liberté d’agir sans nuire ne peut au contraire être restreinte que par des lois tyranniques. On s’est beaucoup trop accoutumé dans les gouvernements à immoler toujours le bonheur des particuliers à de prétendus droits de la société. On oublie que la société est faite pour les particuliers, qu’elle n’est instituée que pour protéger les droits de tous, en assurant l’accomplissement des devoirs mutuels7 . Dans l’Esprit des lois (1748), Montesquieu (1689-1755) s’applique à séparer les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, « affinant ainsi la théorie de Locke et la rendant plus pragmatique8 ». Voltaire (1694-1778), dans son Dictionnaire philosophique (1764), espère que l’humain, grâce à sa raison, comprendra la nécessité de la tolérance, et l’appliquera9 . En effet, peut-on maintenant constater, « en combinant les théories sur la démocratie et la tolérance, on parvient à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789) et à la démocratie libérale10 ». Il faut toutefois remarquer que le terme tolérance ne figure pas dans le texte de la Déclaration, la tolérance relevant de la raison et d’une éthique individuelles bien plus que d’un principe général et prescriptif comme, par exemple, l’égalité devant la loi. Certains peuvent estimer que l’idéal des Lumières, à savoir de se laisser guider en tout par la tolérance individuelle, est inaccessible, voire utopique. D’autres peuvent penser que «la démocratie libérale, en encourageant le pluralisme, n’a fait qu’accentuer les tendances à l’égoïsme car le pluralisme, allant de pair avec l’individualisme et l’hétérogénéité, favorise l’apparition d’intérêts opposés, qui n’est ensuite contenue que par le pouvoir11 ». Louis-Blaise Dumais-Lévesque exprime cette idée en un paradoxe de forme lapidaire : « La tolérance permet l’apparition de l’intolérance, et pour lutter contre cette intolérance on doit être intolérant12 ! » Dans cette perspective, il est évident que l’impossibilité d’exercer la tolérance rend légitimes tous les abus de la tyrannie. Mais je récuse ce raisonnement, car il confond des notions différentes de la tolérance, qu’il convient maintenant de définir avec précision.



Le Dictionnaire d'éthique et de philosophie morale / sous la dir. de Monique Canto-Sperber, 2004, donne des pistes sur des philosophes ayant abordé cette thématique.



John Lock et la tolérance religieuse



John Lock, dont la lettre sur la tolérance a été publiée en 1689, est l'un des philosophes qui a contribué de la façon la plus remarquable à l'analyse philosophique de la tolérance. Son analyse se limite à la tolérance spécifiquement religieuse...





John Stuart Mill et les expériences de vie



John Stuart Mill, le philosophe politique libéral du XIXe s., est le premier à souligner l'importance du rapport entre tolérance et pluralisme...





Tolérance et scepticisme



Certains auteurs considèrent que l'importance du phénomène de la tolérance tient au fait qu'elle est associée à celle du scepticisme moral ‒ de la conviction selon laquelle il n'y a pas de vérité morale ou, du moins, aucune vérité morale que nous puissions découvrir...





Tolérance et neutralité



On peut trouver une deuxième défense de la tolérance dans le concept de neutralité...





Tolérance et autonomie



Le concept d'autonomie constitue l'une des plus importantes défenses de la tolérance dans la philosophie de la fin du XXe s...

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#31  - Monique a dit :

Quand la tolérance se "quantifie" :

Du XIVe au XVIIIe siècle, dans un contexte d'urbanisme et de contrôle social des villes, les autorités distinguent deux formes de tolérance pour gérer les activités jugées gênantes ou dangereuses.
Tolérance des villes et tolérance des champs.

*** La tolérance des villes consiste à accepter à l'intérieur de ses remparts certaines pratiques mais dans des espaces strictement encadrés afin de garder la vie de propre socialement et moralement. On tolère pour mieux contrôler. Les activités sont concentrées dans des quartiers spécialisés (comme les tanneurs, les bouchers, les prostituées) et étroitement surveillées afin de préserver l'ordre et la sécurité dans un espace urbain dense .

*** À l'inverse, la tolérance des champs correspond au fait de repousser hors de la ville ce que l'on ne veut pas gérer dans l'espace urbain. Prostitution non réglementée, vagabonds, bohémiens colporteurs, mendiants sans autorisation, métiers trop polluants, fours à chaux, tuileries, abattoirs.
Ce que l'on ne veut pas en ville, on l'accepte tant que c'est loin et invisible.

Mais peut-on vraiment parler de tolérance ? le débat est ouvert ...

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#32  - François MEILLIET a dit :

Quelle est ma tolérance à la douleur physique ?
Je crains ma propre douleur ; celle d'autrui m'est presque toujours indifférente.

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#33  - Thierry Lefebvre a dit :

​SKETCH LE TOLÉRANT INTOLÉRABLE
​Mesdames, Messieurs...
​La tolérance.
​On en parle beaucoup... En bien.
​On la pratique peu... Plutôt mal.
​Disons que la tolérance commencerait là où le consensus s'arrête...
​Alors, vertu suprême ou piège à double fond?
​Deux interrogations s'imposent:
​Qui tolère tout ne finit-il pas par ne plus se tolérer lui-même ?
​Qui tolère tout ne doit-il pas aussi tolérer les intolérants ?
​L'autre jour, j'ai croisé un homme d'une tolérance... telle qu'elle en devenait intolérable.
​Ou lui? Allez savoir!
​Il tolérait tout.
​Tout, vraiment tout.
​Le vacarme des voisins, les retards des bus, les appels des démarcheurs...
​Même le pain des intolérants au gluten!
​Et il ajoute, le ton docte:
​<<< Il faut bien absorber les différences, sinon elles nous restent sur l'estomac.
​Je lui demande alors :
​<<<< Donc, vous tolérez même ceux qui se trompent ?

​Il jubile:
​<<<< Surtout ceux qui ont tort!
​Si je ne tolérais que ceux qui ont raison, où serait le mérite ?
​La raison s'impose d'elle-même, Môssieur.
​C'est le tort qu'il faut tolérer.
​Le tort a un droit: le droit au tort!
​Vous me suivez ? >>>
​Faut dire que lui-même était retors.
​Suivant ce chemin tortueux, j'avançais mon raisonnement :
​<<< Donc, vous qui tolérez l'erreur, surtout quand elle est sincère, tolérez-vous aussi les intolérants ?

​Patatras! Il se met à bafouiller :
​<<<< Euh...Attendez !
​Si je les tolère, cautionnant leur intolérance, je deviens leur complice.
​Mais si je ne les tolère pas, je deviens moi-même intolérant.
​C'est le même dilemme que face au moustique :
​pichenette pacifique ou écrasement salvateur.
​<<<< Exactement, "Paradoxe de Popper".
​<<< Ou urticaire idéologique », rétorque-t-il,
​Que voulez-vous, le tolérant cherche la paix,
​Mais il doit combattre pour la préserver.
​>>>
​Je chuchote:
​<<< De même, tolérer, c'est juger sans condamner, mais c'est juger tout de même, n'est-ce pas ? >>>
​Il fait mine de ne rien entendre
​Ce tolérant forcé à l'intolérance était pris au piège de ses principes,
​tel un végétarien qui mangerait des chasseurs pour sauver les animaux.
​En fait, c'était un intermittent du respect.
​Du lundi au vendredi: semaine sainte et indulgences,
​le week-end: il partait en croisade.
​Pour autant, il n'était ni de ces tolérants fatigués
​qui tolèrent ce qu'ils ne comprennent pas,
​parce qu'ils ne le comprennent pas.
​Ni de ces tolérants paresseux
​qui tolèrent pour ne pas avoir à réfléchir, à argumenter, à trancher.
​Non, lui, il y pensait vraiment.
​Il ajouta avec gravité :
​<<< Savez-vous ce que je ne tolère point?

​<< Non ? >>
​<< Qu'on me pose des questions compliquées sur la tolérance.
​Voyez-vous, ça m'est intolérable:
​tous ces philosophes de comptoir, ces donneurs de leçons,
​ces coupeurs de cheveux en quatre,
​ces enfileurs de perles conceptuelles...
​Il y a un moment
​où la tolérance absolue engendre l'intolérance totale.
​>>>
​S'en suit un vif dialogue :
​<<< Donc vous êtes intolérant envers qui questionne votre tolérance ? »
​<<< Exactement!

​<<<< Mais alors, vous n'êtes pas entièrement tolérant. >>>
​<<< Si!
​Je reste tolérant avec tout le monde... sauf avec vous ! >>>
​<<<< Auriez-vous par conséquent une tolérance sélective ?

​<<< Une allergie plutôt. Genre urticaire philosophique. >>
​Je le regarde droit dans les yeux et conclut:
​<<<< Justement les plus tolérants
​ne sont-ils pas souvent ceux qu'on ne tolère plus ?>>>
​Il ne sut que répondre
​et partit en claquant la porte de sa propre tolérance
​pour retourner dans sa maison... de tolérance.
​Ainsi moi, qui, par pure tolérance,
​avais toléré ses raisonnements intolérables,
​je l'ai trouvé d'une intolérance incroyable.
​Il prêchait la tolérance, mais l'imposait avec intolérance.
​Il l'affichait surtout pour se valoriser.
​De mon côté, sí la tolérance des forts est magnanimité,
​celle des faibles est résignation.
​Et je ne veux pas me soumettre.
​D'autant que le fanatique de la tolérance
​finit toujours par interdire l'intolérance.
​--- PAGE 3 ---
​Que n'avait-t-il pas compris que la tolérance
​ce n'est pas seulement avaler la pilule,
​c'est aussi savoir la digérer!
​D'autant plus finalement qu'on n'a jamais à tolérer
​que ce qu'on désapprouve.
​Au bout du compte, le champion olympique de la tolérance,
​le médaillé d'or de la patience, c'est moi!
​Je peux respecter son droit d'avoir tort
​sans... ni lui donner raison, ni me donner tort.
​Quoique je ne suis pas sûr de le tolérer, lui, en tant que personne...
​Vous me suivez ?
​Non, moi non plus !
​J'ai surtout l'impression d'être devenu intolérant
​au lactose de la conversation.
​En tout cas, si je vous ai été intolérable,
​tolérez au moins cette intolérance
​ou tolérez de m'ignorer,
​si tant est que vous tolériez encore le mot "tolérance".

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